Chercher le beau. Mettre de la poésie dans chaque chose, à chaque moment, sur chaque émotion, chaque blessure, chaque douleur. Et après avoir déposer les (l)armes.

Il a été prouvé que ne pas boire durant plus de trois jours entraînait la mort. Demandons-nous alors ce que provoque le fait de ne pas parler pendant plus de vingt-cinq ans. Le dépérissement et l’amoindrissement de soi. Demandons-nous maintenant, ce que cela provoque, quand être silencieuse est devenue une habitude, quand répondre simplement de manière fermée par « oui », « non », « je ne sais pas » et « je suis fatiguée », demandons-nous ce que cela provoque chez soi, mais aussi auprès des autres, des proches de soi. Une probable impression de fuite en avant. Une potentielle impression d’insaisissable. Et une distance infinie et absolue à combler, impossible. S’emmurer dans le silence, s’enfermer dans un monde imaginaire fait de potentialités, de plans sur la comète, n’est pas difficile, c’est juste infiniment triste. Garder les plans sous le coude, mais ne jamais s’en saisir, parce que la peur gagne toujours, c’est si vide. Tout est si vide de sens, de saveur, de goût, de tout. Tout est si vide de soi, de moi.
Faire illusion, toujours faire illusion, semblant, garder une façade regardable. S’entourer de ses bras pour s’auto-câliner dans les moments douloureux et dramatiques parfois, se réfugier en position fœtale, encore une fois, en attendant que passe la tempête sur soi, que les vagues se déchaînent et que les vents soufflent. Et s’apaiser, sans n’avoir jamais mot dit. Et garder au fond de soi, ce vomi pré-verbal, primitif.
Serais-je capable de tenir encore autant de temps ? Non.
Pourquoi j’ai fait ça ? Parce que j’aurais voulu être entendue, parce que j’aurais voulu être regardée et estimée. Qu’est-ce que le silence m’a apporté ? Un ersatz de paix. Dire et ne pas être entendue c’est comme se propulser contre un mur ou un arbre mais ne pas mourir. Ne pas mourir de s’être balancé violemment contre un mur ou un arbre c’est garder sa culpabilité pour soi, sa culpabilité d’être en vie mais d’avoir voulu partir. C’est d’autant d’actes manqués que d’actes perdus, que d’actes vains. Ne rien dire de ses vaines tentatives de s’arracher à soi, c’est s’étouffer en continuant de respirer et en souriant.
Et si tout cela reposait sur une promesse d’une enfant ? Une promesse d’elle à elle-même ? Une promesse pour se protéger du danger de dire, mais surtout du danger de ne pas être ni entendue, ni écoutée, de ne pas être reçue, contenue, soutenue.
Cela provoque des enfants tristes, présents mais si lointains, physiquement là mais mentalement absents, des jeunes adultes sur le qui-vive, recroquevillés debout, au milieu d’une masse d’humain terrifiante, incompréhensible et toujours plus lointains et dangereux. Cela provoque des drames humains, teintés de paroles nouées et de gorge obstruée.
Et si c’était ça notre (mon) problème ? Cette distance mise les uns entre les autres pour se protéger d’un hypothétique danger. La distance que je mets avec chacun des êtres de ce monde, pour ne pas flancher de ma tour d’ivoire. Cette belle et si précieuse tour. Avant un refuge, aujourd’hui mon habitat naturel.

Lunaire(s).
Lunée. Inscrire, pour ne pas avoir à dire, symboliser, énigmatiser, rendre lisible par delà les mots.
Et il y a toutes ces blessures non symbolisées, toutes ces carences, tout mes manques qui purulent moins mais encore. Beaucoup moins,...

Lunaire(s).

Lunée. Inscrire, pour ne pas avoir à dire, symboliser, énigmatiser, rendre lisible par delà les mots.

Et il y a toutes ces blessures non symbolisées, toutes ces carences, tout mes manques qui purulent moins mais encore. Beaucoup moins, depuis que j’ai pu les localiser.

Lutter.

Période de tension extrême, mâchoires scellées, visées, je serre les dents en attendant que la vague passe. J’aimerai tellement qu’elle entraîne avec elle, toutes ces choses affreuses et douloureuses avec elle. Qu’elle emmène la noirceur et qu’elle laisse émerger cette explosion de couleurs que je recèle, que je stocke, qui m’anime, mais qui décline si souvent.

Comment briser le cercle vicieux? Comment arrêter la boucle d’autoflagellation permanente? Pourquoi la malveillance plutôt que la bienveillance? Pourquoi le moche plutôt que le beau? Pourquoi le tranchant plutôt que le doux? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

Pourquoi la mauvaise foi? Pourquoi la peur du renouveau? Pourquoi la peur de l’investissement?

A quoi bon le sabotage? L’auto-sabotage? Quel sens? Pourquoi l’auto-destruction?

POURQUOI?

Mille vies en une. J’ai pour habitude de photographier, pour me rappeler, pour collectionner pour ne pas oublier. Mais ce jour là, je n’avais pas mon appareil et ce lieu continue de me hanter. Avec cette oranger au centre du jardin central de cette vieille exploitation viticole de Sicile. Cette atmosphère particulière, quand je ferme les yeux parfois me gagne. Me rappeler que j’y ai vécu 2 mois, île prodigieuse. Pourquoi j’oublie toujours tout ce qui a été joli? Et qui est toujours joli?

Je n’écris plus.

Quelle vie intérieure, dès lors? Des émotions en pagaille et par dessus le marché, à ne plus savoir quoi en faire, ni quoi en dire. Des craintes, des appréhensions qui tournent en boucle, et qui ne trouvent aucune sortie, aucune réponse. Cette foutue peur.

Incapacité notoire.

De survivre seule à deux. Epuisant sentiment de recommencement éternel. Sempiternelle ritournelle désastreuse et auto-sabotage d’usage lorsqu’à deux, je dois supporter de n’être qu’une parfois. N’être qu’une. N’être que moi. Sans toi, sans un autre, être moi, que j’exècre, impossible.

Ressentir cette violence tapie, qui ne réveille que dès lors qu’un autre paraît. Je vais finir par fracasser cette violence qui grouille et ce corps qui ne sait qu’en faire contre plus solide que moi. Est-ce pour cela, que je danse? Est-ce pour cela que la danse me manque autant, maintenant, là, tout de suite et que je pourrais y passer des heures si seulement j’en avais le choix, l’occasion.

Je me sens me rendre malade et y prendre presque du plaisir, puisqu’il n’y a que comme ça que je sais me donner à autrui. Cela m’écœure. Comment peut-on rendre un humain autant incapable d’être en relation? Mais comment l’aider à rabibocher toutes ces parties mortes, nécrosée de ne savoir comment aimer, partager, échanger et vivre?

Et toute cette noirceur qui me traverse, ne pas céder aux ténèbres. Ne pas céder. Tenir bon, encore un peu.

La vie me le rendra.

Illusions d’optique.

Croire le voir arriver au loin, sans conviction, admettre une démarche différente de la sienne, se rendre compte que finalement c’est plus mon envie de le voir qui me joue des tours que la potentielle existence de dizaines de sosies de lui.

Appréhender les hypothétiques semaines sans l’apercevoir, tout en sachant que même présent, rien ne sera révélé de ce secret qui m’étreint à défaut d’autre chose.

Garder au creux de moi, comme une ultime protection, la dernière barrière avant de toucher au cœur de mon être.

En même temps, lui dire que je le guette des jours durant, que j’attends sa venue, son sourire, nos silences, ne serait-ce pas trop en dire? Effrayée d’être effrayante. De faire fuir. De trop en dire.

Quand au cours de nos conversations, les silences se font et se défont et que dans l’interstice se glisse un bien-être que rien ne pourrait ébranler. Demeurer silencieux avec un autre, en se sentant sur la même longueur d’onde, voilà ce que je n’ai pas envie de mettre en péril en changeant les modalités de nos rencontres furtives et imprévisibles.

Cette imprévisibilité que je m’oblige, que je m’efforce à ériger en condition sine qua non de la qualité de nos étreintes platoniques et intellectuelles.

Tourner en rond avec l’envie de te voir, sans la possibilité de pouvoir te l’avouer. Nouée par la peur d’ébrécher ce que j’ai mis des années à colmater.

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Il y a des jours, des moments où, savoir que tu existes, que tu es présent au Monde et cela même en étant absent et hors de ma vue, hors de ma portée, ne suffit pas à cautériser le besoin de savoir que toi aussi tu te soucies de moi, que toi aussi tu converses avec moi, même quand je ne suis pas là, quand nos présences ne s’additionnent pas.


Qu’est-ce qui fait que les autres s’aiment, quelle est cette formule que je n’ai pas apprise et qui demeure maintenant des plus délicates à intégrer ? J’ai si peur un jour de ne pouvoir la transmettre à mon tour. Si un jour, j’aime et qu’on m’aime, on s’aimera vraiment ?
Qu’est-ce que c’est que d’aimer vraiment ? Pas de ne pas pouvoir vivre sans un autre, mais de vouloir vivre avec ?


Quand j’erre et que je vagabonde parce que je n’ai pas envie de rentrer chez moi, c’est peut-être un peu toi que j’aimerai deviner au coin de la rue, parfois, pas tout le temps. Peut-être toi sur qui j’aimerai tomber au parc, peut-être toi à qui j’aimerai confier mes états d’âme. Peut-être avec toi que j’aimerai demeurer tout simplement. Parce qu’avec toi-même les moments d’irascibilité ne sont pas à proscrire et que les vivre est un droit voire un devoir, tout comme les partager, silencieusement, par une présence entière et totale. Avoir le droit de n’avoir rien à dire, rebondir, passer du coq à l’âne, dire n’importe quoi, rien qui tienne la route, rien qui vaille la peine d’être entendu, nous sentir parfois bégayants et complètement décontenancés, ne nous comprenant pas, déstabilisés, ça me réchauffe le cœur quand tu n’y es pas, quand je ne t’y trouve pas.


Voici une partie de ce que j’entretiens avec toi quand tu n’es pas là, est-ce que tu l’imagines ça ? Est-ce que tu y crois, et surtout est-ce que ça te fait partir en courant ? Parce que si tu pars en courant, je courrai aussi.

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Tu es réapparu. C’était une très belle entrée. Baigné par le soleil, tu m’as surprise en train de guetter ta venue. Je me demande si tu m’as observé longtemps comme ça, aux aguets. En tout cas cela t’as fait sourire, je crois. Et je t’ai trouvé encore plus beau que d’habitude. Cet échange de sourires, qui veux tout dire. J’ai compris. Quand je te surprenais me surprendre à te regarder furtivement, oui j’ai compris qu’on allait grandir ensemble un peu. Rien n’est joué, rien ne sera jamais joué, cette promesse d’avenir à nous d’en faire quelque chose qui pourra croître et s’épanouir. J’y crois. Peu importe le temps qu’il nous faudra, peu importe le temps que ça prendra. J’ai envie de ça pour nous. Tu m’as ému. Tellement.

Quand tu te livres à moi, parfois ça me fait tourner la tête, parfois les larmes grimpent, prêtent à s’échapper de t’entendre me parler de ce qui te fait être qui tu es.

Quand tu me surprends avec des questions improbables. Quand émoustillée je ne comprends rien de ce que tu dis, où que je comprends avec trois trains de retard, comme je me sens tarte.

Quand tu fais des choses que je pourrais faire, des gestes, des postures, des déplacements. Quand tu passes dans un espace, un interstice alors qu’il y a de l’espace pour toi, moi et une centaine d’autre, j’ai envie de te serrer dans mes bras et de te dire que tu m’émeut, dans le creux de l’oreille, que je t’apprécie pour ça, pour le reste, pour l’indicible, pour toutes ces sensations et ces émotions que je vis à travers et par toi.

Je sais que ce jour viendra. Mais j’ai envie qu’on continue à voguer sur les vagues de l’imprévu, de l’improbable. Je n’ai pas envie de posséder un bout de toi immatériel. Je n’ai pas besoin ni envie que tu me sois accessible tout le temps. J’ai envie qu’on soit là l’un pour l’autre sans interface virtuelle. J’ai envie qu’on saisisse les opportunités quand elles se présentent. Je n’ai pas envie de prévoir, ni de planifier pour le moment. J’ai envie qu’on puisse savourer cette ébauche relationnelle. Qu’importe la tournure des choses, j’aurais été heureuse d’apprendre à construire authentiquement.

Je m’en remets à ce que tu voudras bien me donner, me partager de toi, sans rien prendre contre moi jamais. Envers et contre tout, j’avancerai, à contre courant, à contre sens je continuerai à barrer le chemin à toutes ces voix néfastes qui me conjurent de ne pas y croire, qui me espèrent me faire croire que tu n’es qu’un être voué encore à me déconstruire, à me détruire.

J’ai envie que nos mots d’affection naissante soit dit, pas écrit à la va vite. J’ai envie de communier en communiquant vraiment, dans le réel, j’ai envie de nous ancrer dans le vrai, le palpable. J’ai pas envie de mots gravés, ni de beaux ni de gros mots envoyés par interfaces. J’y crois.

Je nous aime bien, j’aime quand tu déteins et que ton grain de voix finit par m’apaiser, me bercer, sans que tu saches bien ce qu’il se passe pour et en moi.

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Peut-être que matériellement, physiquement rien ne semble avancer, mais cette réflexion que tu fais naître en moi, c’est déjà une forme d’amour, en tout cas une forme d’entrer en relation. Pour tout ce que tu fais émerger, merci. Pour tout ce que tu me permets de démêler en ne le sachant pas, merci.

Je retrouve avec toi, ce qui m’a fait vibrer, grandir, apprendre, découvrir avec d’autres yeux. Pourtant aux yeux des autres, rien n’est visible, rien ne se passe, quelque chose suit pourtant son cours. Ce n’est pas parce qu’on prend de grandes initiatives que les choses bougent toujours, vacillent, dans l’infiniment petit les choses changent aussi, mais personne n’y croit autant que moi.

Un jour, je te donnerai ces écrits, et peut-être me riras-tu au nez. Peut-être que tu en auras le souffle coupé, peut-être que tu me diras que tu ne peux pas, j’aurais grandis avec toi, quand-même.

Il y a quand même un jour où, gamine, je me suis dis que j’étais responsable des échecs des joueurs de foot. Que je portais la poisse et que pour qu’ils gagnent il fallait que je j’arrête de regarder. C’est dingue quand même. Non seulement de croire qu’on a autant de pouvoir sur l’Univers, mais surtout de se croire responsable de tous les maux de la Terre. J’ai donc été conditionnée de la sorte, bien.

Désormais je refuse de porter quoi que ce soit. J’ai une peur panique de l’engagement, ça passera. J’ai besoin de pratiquer la rétention de relations humaines et sociales pour y revenir quand ce sera tricoté là-dedans, une meilleure confiance en moi, en autrui. On peut pas tout faire en même temps, tout vouloir en même temps. Chaque chose en son temps et chaque chose à sa place.

Je ne veux plus endosser le rôle de victime, ni celui de coupable. Paradoxal mais véridique. Laissez-moi panser.

Du bonheur des choses simples.

Regarder un bout de mouchoir en papier, un cheveu, écouter la pluie tomber et s’émerveiller. Faire de rien, un tout extraordinaire.

Les enfants du Monde feront la part belle à mon avenir.

Paysages urbains nancéiens, je les déteste tant je leur ressemble. Fais de bric et de broc, bric à brac de genres, de styles, incohérents assemblages, harmonie bancale.


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